Si vous visitez la région de la Bouendza, vous serez surpris de constater que certaines localités ont des noms exogènes, c'est-à-dire que l’on ne peut pas les rattacher aux langues du terroir, c’est le cas de Jacob (Nkayi), Lebriz (Bouansa), Kayes d’origine Malienne et le fameux quartier Dakar de Nkayi. Ces noms sont intimement liés à l’histoire de la société Industrielle et Agricole du Niari (S.I.A.N), dans la région de la Bouenza? Pourquoi Kayes? Pourquoi Dakar? C’est l’histoire qui nous est relatée par un ainée de la Bouendza, un kihounda pour utiliser le jargon local.

Au centre de cette histoire, il y a un homme Jean OTTINO, un entrepreneur Italien habile et actif, il a été l’un des collaborateurs les plus dévoués de la Compagnie Occidental de Madagascar. Quand la Sociétés des Batignolles obtint le privilège de la construction du chemin de fer Congo Océan C.F.C.O, c’est à Jean OTTINO qu’il en donne la sous-traitance.

 

Jean OTTINO fut un ingénieur supérieur des ponts et chaussées. Ayant prouvé ses capacités dans sa spécialité chez lui en France, le gouvernement français lui confia la supervision et le contrôle des travaux de construction du chemin de fer Congo océan(C.F.C.O) et, surtout, l'érection le long de ce tracé, les ouvrages de traversée consistante. Pour hommes de main les plus intimes et opérationnels, l'on peut citer entre autres: Fabre, Lebriz, Jacob, Dolisie. Chacun d'eux avait sa zone d'action généralement désignée pour abriter des gares distantes d'une trentaine de Km environ. En exemples, Lebriz supervisait la zone de l'actuel Bouansa à Madingou, Jacob quant à lui, celle de Madingou à l'actuel Nkayi. De Jacob, sont construits les ponts sur la divuba (Matumpu) à l'est de nkayi et la Louadi à l'ouest de la même ville. Les ouvrages de ces jeunes ingénieurs apparurent à l'époque, des plus architecturaux pittoresquement bâtis. Avec l'accord de son pays la France et, en ressouvenir de ces titans ingénieurs, Ottino résolut d'attribuer le nom de chacun d'eux à la localité sous supervision; d'où Lebriz pour l'actuel Bouansa, Jacob pour l'actuel Nkayi pour ne citer que ces localités.

La crise économique de 1929

La construction du cfco n'était pas encore achevée qu'en 1929 s'installa une crise économique et financière mondiale. Le gouvernement français ne pouvait plus honorer ses engagements financiers vis-à-vis d'Ottino. Des pourparlers entre les deux parties aboutirent à ce qu'il fut concéder à Ottino de grandes étendues de terres favorables aux activités agro-pastorales en compensation des montants dus. La vallée du Niari retint l'attention d'Ottino. Les terres kilounga, kibaka, kindoulou, kimbanda et moutéla s'y prêtèrent mieux en raison de leur fertilité, leur pluviométrie abondante, la qualité de leur végétation(plus herbeuse qu'arbustive)et, surtout, à cause de la grande ouverture des plaines éloignées des montagnes et des rochers. Ottino campe à kayes et amorce les travaux de fouilles et de délimitation de la concession. C'est le début de l'installation de la S.I.A.N.

Pourquoi Kayes?

La S.I.A.N est fondée en1929 par M.Ottino qui mettait son espoir dans la création d'une gare de triage à mi-chemin entre Bzv et P/N. Il pouvait penser que se développerait un véritable marché vivrier qui serait en même temps un réservoir de main d'oeuvre.il obtint une concession de 20.000 hectares à cheval sur la voie ferrée avec pour but d'y pratiquer en grand ,la culture du manioc ,aliment de base de la population et aliment attendue dit-on dans les autres colonies françaises qu'en France. Pour réaliser ces travaux agronomiques, il s'aida de son beau frère Badère qui eut pour employés des Maliens déjà expérimentés en la matière. On les installa au même endroit qu'Ottino, (bien que constitués en communauté indigène) où ils se sentirent vivre à Kayes, du nom d'une ville de leur pays d'origine(Mali) ainsi nommée, d'où Kayes-Ottino.

Pourquoi Dakar ?

Pourquoi Dakar? Des agriculteurs sénégalais rejoignirent la communauté malienne à Kayes pour cultiver le manioc. Mais pour des raisons d’incompatibilité d'humeur, Ottino sur proposition de son beau-frère Badère, les sépara en transférant les derniers arrivés à la petite localité qu'ils ont à leur tour dénommée Dakar, du nom de la capitale de leur pays d'origine(Le Sénégal).

Les Sénégalais installés à Dakar y mirent très peu de temps. Les blancs les rapprochèrent d'eux vu qu'ils les aidaient facilement, élégamment et poliment dans les contacts avec les autres Noirs, eux s1ètant déjà côtoyés avec les Français bien avant. Les autres populations venues des terres kibaka et kindoulou, y installées par les Blancs, amplifièrent le "sobriquet «DAKAR », en s'identifiant cette fois-ci aux grévistes cheminots du Soudan Français (Dakar-Thiès-Bamako) dont le courage ou le sans froid à braver l'autorité coloniale a abouti á l'obtention des faveurs des colons sur les revendications des travailleurs. A force de s'y identifier, les descendants des actuels habitants de Dakar -village devinrent réputés hyper courageux, parvenant à faire fléchir les Blancs de la S.I.A.N. Cette bravoure les sauva sur une querelle des limites terriennes et d'avantages rentiers avec leurs confrères des terres Moutéla. Plus d'un kamba vantait Dakar et tentait de s'y identifier. Dans un livre de la plume de Jean KOUKA qui parait sous peu, vous aurez toutes les précisions sur :"De jacob à Nkayi: historique et évènements".

Du tapioca à la canne à sucre.

Le compte paraissait bon au départ. Mais progressivement, la S.I.A. Passa de la monoculture à la diversification de sa gamme de produit. Le manioc et ses dérivés perdaient de la valeur et du marché. La féculerie érigée à cet effet battait de l'aile faute de débouchés surtout que la gare de triage (qui attirerait la clientèle) fut en définitive installée à Dolisie où les locomotives devaient être jumelées pour le franchissement des Mayombes. De là naquit la nécessité de diversifier les cultures. La culture du manioc fit place à celle de l'arachide et de la noix de palme achetée chez les paysans, le tout transformé sur place à la huilerie que l'on venait de monter entre 1932-1934.On essaya aussi la culture du sisal et du bananier. L'affaire végéta ainsi jusqu'en 1949!? Date à laquelle elle fut cédée aux Grands Moulins de Paris.

La canne à sucre. Jusqu'à l'étape de la huilerie, Ottino n'a pas encore concurrencé les montants dûs.il faut faire plus. Huilerie par ici, élevage de bovins par là (cf safel, l'actuelle la louamba). Mai le plus grand et rayonnant succès de la S.I.A.N demeure la culture de la canne à sucre dont les premiers essais au jardin agronomique eurent lieu en 1952 à Minzanza sur la route de l'actuelle la louamba. Une poussée des cannes sans pareille et jamais observée grâce à des boutures prélevées soit sur des espèces locales, soit sur des importées! Au coeur de l'activité, l'ingénieur agronome Badère, beau-frère d'Ottino.

La cession à la famille Vilgrins

Le planning desdites boutures sur les espaces jadis d'arachide coûta beaucoup de capitaux à Ottino et Badère, co-actionnaire, qui s'étaient lourdement endettés dans les banques de France. Il s'annonça une fois encore une crise financière dangéreuse. Cela apeura Badère qui crut impossible de rembourser tous ces capitaux et, pour y échapper, il alla se tirer au calibre 12 à la rivière kibaka à l'est de Dakar village (bé Badélé wa honda nitu mu mfuka). Malheureusement pour lui et heureusement pour Ottino, la fameuse crise fut jugulée sans tambour battant. La canne de Badère poussa à foison jusqu'à dépasser les estimations. Ottino remboursa toutes les dettes et réalisa de grands bénéfices. Après quoi, il céda tout aux Vilgrins.

Jean Marie Miassouaman

Prof de langues (Anglais, Espagnole)

 

 

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