Dans la hiérarchie des préoccupations existentiels d’un muntu1 (l’homme), la mort occupe une place de choix, nous pouvons même dire une place centrale. Quand je vais mourir, serais-je bien enterré ? Mon corps ne sera-t-il pas mutilé ou jeté aux ordures? Ces deux questions anthologiques peuvent être considérés comme le fil d’Ariane pour comprendre la culture Bantu2. De la naissance, à l’enfance, de l’enfance à l’adolescence et de l’adolescence à l’âge adulte et à la mort, cette préoccupation existentielle, le muntu se la pose toujours.

Que l’on soit riche ou pauvre, que l’on ait été abandonné dans l’affliction ou la maladie ; que l’on ne vous ait pas aidé à payer vos ordonnances de médicaments dans ces moments difficiles. Si vous êtes un Bantu, vous pouvez être sûr d’une chose, vos obsèques seront dignes d’un prince Nubien ou Egyptien : Cercueil en bois massif, formica ou en zinc ; couronne de fleurs ; draps ; chemise, pantalon, chaussette, voire cravate, et costume pour les hommes ; belle robe pour les femmes, avec parfois des bijoux, un caveau digne de ce nom. Quant aux registres des cotisations, ils seront remplis et les gens seront généreux, même ceux qui rechignaient à sortir de l’argent pour vous soigner.

Que vous eusses été un être malfaisant, vil et sanguinaire, personne ne s’incommodera de ces genres de pensées ou du moins ne se permettra de le rappeler à haute et intelligible voix, car chez les bantus, « Wa fua wa mboté.3 », le défunt est toujours bon, « moto soki a wé, akomi moto malamu bona bato niosso 4 », quand une personne meurt, elle devient une bonne personne pour tout le monde. Le retour à la terre étant un passage obligé pour tout le monde. La mort de l’autrui étant un miroir à travers lequel chacun prend conscience de la vanité de notre brève existence.se reconnais.

C’est ce qui a notre avis, peut expliquer en partie l’élan de solidarité et de générosité, la compassion, l’apathie que nous éprouvons tous à l’endroit des défunts.

La deuxième question est celle de l’observance des rites funéraires, le jour de notre mort, car de l’observation scrupuleuse de ces rites dépendent notre vie dans l’au-delà au pays des mannes des ancêtres.

Si les rites funéraires varient d’une ethnie à une autres, car le peuples Bantu aujourd’hui c’est une mosaïque de nations avec une multitude de diversités. Allant du Sud Soudan au cap de bonne espérance et de la corne d’Afrique aux lagunes de la Côte d’Ivoire. Il existe néanmoins un certain nombre de points communs.

  • L’enterrement à l’instar des cérémonies de mariage est un moment de rencontre entre deux familles, paternelle et maternelle qui par-delà l’affliction du moment, renouvellent leur alliance de soutient mutuelle et de solidarité inter-clanique.
  • L’idéal serait que l’inhumation du défunt se fasse dans son village natal, c'est-à-dire le village de son appartenance totémique, selon que les clans pratiquent le matriarcat po le patriarcat.
  • La mutilation du défunt est proscrite, sauf s’il appartenait à une confrérie démoniaque dont on souhaite empêcher la réincarnation.

Qu’à cela n’en déplaise aux puristes des religions monothéistes chrétiennes ou musulmanes, l’âme bantu fonctionne ainsi et ce ne sont pas deux millénaires de religion importés exogène au terreau bantu qui réussiront à balayer des rites et traditions qui existent depuis l’apparition de la civilisation des ANU 5.

Au regard de ce que nous venons d’exposer dans notre discours plus haut, vous comprendrez, le malaise que nous éprouvons en tant que citoyen muntu sur le traitement réservé à notre patriarche et vénérable Etienne Tshisékedi wa mulumba, le sphinx de Limette. Cela va faire pratiquement un mois et 10 jours, ( le 01 février 2017) c'est-à-dire bientôt les 42 jours minimum de deuil en pays bantu, que yaya Titi , nous a laissé et que sa dépouille mortuaire n’a pas encore rejoint la terre de ses ancêtres. Qu’a-t-il fait pour subir le même sort que son ancien rival, l’ancien président Josèphe Désiré Mobutu qui lui aussi a été enterré loin de sa terre natale ? Durant toute sa vie terrestre, le sphinx de limette a consacré sa vigueur et son énergie pour son pays le Congo RDC. Après avoir été collaborateur de Mobutu, il devint par la suite son adversaire politique acharné, après le départ en exile de ce dernier, il orienta sa défiance contre la dynastie des Kabila père et fils, les pratiques autocratiques n’ayant pas changées, jusqu’à son ultime combat contre une embolie pulmonaire. Partisan de la non-violence, constant dans son combat, ses principes et ses convictions ce qui est rarissime sous nos cieux en politique. Il refusa de céder aux sirènes de l’argent facile, de la corruption, la compromission, ce qui lui a permis nous osons le dire, de gagner sa place au panthéons de nos héros à l’instar d’Émeri Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Nelson Mandela.

L’homme ayant fait son temps et rappeler à son créateur, il appartient à sa postérité politique et biologique de reprendre le flambeau.

Cependant il est impérieux avant de pouvoir le faire QUE LA DEPOUILLE MORTUAIRE DU SPHINX DE LIMETTE SOIT RAPATRIER LE PLUS VITE POSSIBLE, AFIN QU’IL PUISSE REPOSER EN PAIX. UN REPOS LARGEMENT MERITE.

Aujourd’hui le spectacle désolant auquel nous assistons est le fait que son corps est devenu l’objet d’une bataille politique, ce qui est contraire aux uses et coutumes des Bantus. Chez nous les Bantus en effet, quelques soient les problèmes, on enterre d’abord le mort, ensuite la famille peut se réunir au mbongui pour aplanir les divergences et différences.

Ce spectacle désolant nous rappelle la lutte acharnée à laquelle jadis se livrèrent les compagnons d’Alexandre le Grand, pour le contrôle de sa dépouille mortuaire, dont Ptolémée fut le vainqueur. Ce qui lui permit de fait, de devenir pharaon d'Egypte,  Car Alexandre le Grand avait également le titre de pharaon d’Egypte. « Et la grandeur d’un pharaon se mesure par sa capacité à assurer à son prédécesseur des obsèques digne de ce nom et un mastaba digne de ce nom. ». A travers cette victoire militaire, il inaugura le règne d'une dynastie Macédonienne, celle des Ptolémées sur ce pays, dont la dernière souveraine fut la célèbre Cléôpatre.

Que ce soit au cimetière de la Gobe comme le veut les autorités de Kinshasa, ou à Limette comme le voudraient au contraire ses partisans de l’U.D.P. S, il est impérieux que la dépouille mortuaire d’Etienne Tshisekedi wa mu lumba, soit mise en bière dans le sol de ses ancêtres. Pourquoi pas dans son village natal au Kasaï, question de couper la poire en deux et satisfaire tout le monde ?

En tout état de cause, il appartient à la famille biologique de prendre ses responsabilités et d’avoir le courage de mettre un terme à ce chantage macabre, de peur que le sphinx de Limette ne se retrouve prisonnier en Europe, comme le sont déjà nos masques funéraires et autres objets sacrés qui pullulent dans les musées d’Europe, fruit d’un pillage sans vergogne de notre patrimoine culturel de la part de ces “africanistes“ qui en plus de cela, ont la prétention de se dire civilisés tout en nous traitant de barbares et sauvages. Alors que le fruit de leur forfait est pour eux un enrichissement culturel et spirituel à notre détriment.

Bon vent baobab et que la terre de nos ancêtres te soit légère, repose en paix.

 

Lusende Balossa Dia lokota biniénia

 

 

Lexique :

1.muntu : homme en langue bantu

2.Ba ntu : pluriel de muntu : les hommes

3.Proverbe lari/kongo

4.proverbe lingala

5.Anu : Civilisation proto-pharaonique, peuple du sud d’Egypte et de la Nubie, dont wuzir (Osiris) et Saît (Isis) sont des représentants typiques

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