Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

CERBAC : Cercle d'Etude et de Réflexion sur le Bassin du Congo

MEDIA DU BASSIN DU CONGO : Analyse de l’Actualité : POLITIQUE - ÉCONOMIE - SANTÉ - ENVIRONNEMENT - INTERNATIONAL. Enjeux stratégiques et prospectives

Le CONGO est-il situationniste ? : 20 ans d'histoire politique de la classe dirigeante congolaise par Dominique DESJEUX

PARTIE  II

LU pour vous.....

VERS LA CONSTRUCTION D'UN PARTI UNIQUE

 Dès les débuts de son indépendance, le 28 novembre 1960, le Congo est marqué du signe de l'instabilité politique. Mais la stabilité politique d'un régime totalitaire n'est pas non plus un signe positif. L'instabilité chronique du Congo est l'indicateur des contradictions plus ou moins profondes qui secouent la société congolaise. Pourquoi cette situation, alors que des régimes aussi différents que la Guinée ou la Côte d'Ivoire conservent le même président depuis vingt ans ? On peut l'expliquer par deux sortes de causes non exclusives. Au niveau externe, le Congo, comme la plupart des pays africains, est très dépendant des influences extérieures. Or, au contraire du Gabon, par exemple, le Congo ne reçoit que peu de soutien de la France. La concurrence Est-Ouest renforce encore cette instabilité. Au niveau interne elle s'explique par le poids, dans son histoire contemporaine, d'une tradition de luttes sociales et politiques qui recouvrent des clivages de classes ou ethniques et des luttes entre les différentes fractions de la classe dirigeante. Ces luttes renvoient à l'existence de courants d'oppositions de droite ou de gauche, toujours renaissant, malgré la stratégie permanente d'intégration-élimination, pour les cadres, ou de marchepieds- caporalisation pour les forces populaires, pratiquée par les différents pouvoirs qui se sont succédés, pour faire fonctionner la « tontine situationniste ». Toute l'histoire politique du Congo, depuis 1960, est marquée par les diverses tentatives de résolution des contradictions sociales et économiques par l'instauration d'un ordre bureaucratique. Il sera fondé, à partir de décembre 1969, sur un parti unique, appelé « parti d'avant-garde » qui doit contrôler l'Etat. Le syndicat unique et les « organisations de masses » sont considérés comme des courroies de transmission du sommet. La contradiction entre la volonté d'instaurer un système institutionnel rigide et normalisateur, et la force des tensions, des clivages sociaux et des luttes de classes, explique en partie la violence de certaines crises congolaises, depuis la J.M.N.R. sous Massamba Débat jusqu'à l'assassinat de Ngouabi, et le poids de plus en plus important de l'armée comme mode de contrôle social. 1. L'ascension de Fulbert Youlou. L'abbé F. Youlou est élu premier ministre de la Jeune République Congolaise, suite à une erreur tactique de son rival J. Opangault, en septembre 1958. (1) Cf. BERTRAND (B.) - Le Congo - Maspero - 1975 ; BIARNES (P.) - L'Afrique aux Africains - Armand Colin - 1980 ; DECRAENE (P.) - Huit années d'histoire congolaise - in Revue Française d'Etudes Politiques Africaines - n° 108, décembre 1974 ; SORET (M.) - Histoire du Congo - Berger- Levrault - 1978. Page 3 sur 25 Page 4 sur 25.

LE MOIS EN AFRIQUE 19 F. Youlou, malgré l'opposition de son évêque, est élu maire de Brazzaville en 1956. Il est le représentant des Bakongo du centre. Il s'appuie sur le mythe de Matsoua, le célèbre leader nationaliste de l'entre-deux guerres. Il est opposé aux deux leaders, qui regroupent les voix du Sud et du Nord du Congo, Tchicaya qui est vili, et Opangault, du M.S.A. (Mouvement Socialiste Africain), qui est mbochi du Nord. Ils représentent ce que les Congolais appelleront plus tard avec humour l'O.T.A.N., le traité Atlantique-Nord, entre les élites ethniques du Nord et du Sud, sur l'Océan. Nous retrouverons cette alliance en 1975, sous Ngouabi, au moment de l'installation de l'état-major spécial révolutionnaire. Youlou a peur du communisme. Dès 1960, il dénonce un « complot communiste » qui lui permet de faire emprisonner les principaux leaders de la C.G.A.T., la C.G.T. congolaise, qui avait fait campagne pour le non en 1959. La lutte qu'il mène contre les syndicats depuis son accession au pouvoir sera l'une des causes de sa chute en 1963. Il se heurte aussi aux matsouanistes qui l'ont porté au pouvoir. Ceux-ci refusent tout pouvoir moderne. Il les réprime sévèrement. Leurs maisons sont brûlées et plusieurs sont lapidées par la foule. On compte de nombreux morts. Ce cas est un des exemples de la stratégie marchepieds-répression des masses pour l'accession au pouvoir et qui jalonne l'histoire du Congo jusqu'à l'élimination de Yhombi en 1979. Il doit faire face à une dégénérescence du conflit entre le M.S.A. du Nord, et l'U.D.D.I.A. du Centre. Les élites mbochis et Kouyou du Nord sont pratiquement absentes du pouvoir. Les mbochis sont moins nombreux et ne représentent que 20 °/o de la population totale du Congo. De plus, ils ont été moins scolarisés que ceux du Sud. Comme dans la plupart des pays côtiers africains, les élites éloignées de la mer se retrouvent dans l'armée, considérée comme une ultime chance de promotion sociale. Elle reste le dernier recours de ceux qui n'ont pas pu faire de « bonnes études ». Le Nord prendra sa revanche à partir de 1968-69, après 10 ans de domination du Sud. En février 1959, un grave conflit éclate à Brazzaville entre les quartiers du Nord et du Sud. « Des dizaines de personnes trouvent la mort au cours de ces tueries à l'arme blanche », écrit P. Decraene. Ces événements laissent un souvenir profond. A chaque crise politique importante les bacongo, de Poto-Poto, fuient vers le quartier Bacongo du Sud. Ainsi, en février 1978, au cours du procès sur l'assassinat de Ngouabi, le procureur Okoko, un homme du Nord, essaiera d'utiliser cette peur, comme élément de culpabilité contre ceux des accusés qui avaient quitté Poto-Poto. F. Youlou réintègre Opangault en novembre 1959. Opangault devient ministre d'Etat, puis vice-président. En 1961, il démissionne puis revient comme ministre des Travaux publics. En 1962, il quitte et revient encore au gouvernement. En 1963, il est chassé du pouvoir Page 4 sur 25 Page 5 sur 25 20 Revue d'études politiques et économiques africaines avec Youlou. En 1965, il passe en accusation dans un procès contre l'Ancien régime youliste. Il est acquitté. Mais sa carrière politique est terminée. Répression, tribalisme, corruption, jeux politiques, présence ostentatoire de l'armée française entraînent la fin du régime Youlou. En 1963, F. Youlou, à la suite de nombreux pays africains, propose la création d'un parti unique. Il va faire l'unanimité contre lui. 2. Les « trois glorieuses » : un mouvement populaire urbain. Le 1er mai 1963, les trois grands syndicats congolais font un défilé unitaire. Il y a la C.G.A.T. (Confédération Générale Africaine du Travail), issue de la C.G.T. Elle est une centrale dynamique et considérée comme « dure » : la C.A.S.L. (Confédération Africaine des Syndicats Libres), issue de F.O., syndicat moins influent. La C.A.T.C. (Confédération Africaine des Travailleurs Chrétiens), issue de la C.F.T.C. Elle est en pleine expansion depuis 1960. Elle regrouperait la moitié des cotisants, d'après Soret. Le 13 août 1963, à la suite de l'arrestation de plusieurs leaders syndicalistes chrétiens, la grève générale est déclarée. En trois jours, F. Youlou est emporté, malgré une présence militaire française importante. Le mouvement s'élève contre le caractère antinational du régime, la corruption, l'incompétence et le tribalisme. Il touche peu les campagnes. Par contre, des émeutes éclatent à Brazzaville. Pointe-Noire et Dolisie, les trois principales villes du Sud du pays. C'est donc un mouvement principalement urbain. En ville, les ouvriers, les jeunes et les chômeurs jouent un rôle décisif. Il y a 26 % de chômeur en 1961, contre 10 % en 1955, et peut-être 40 à 50 % aujourd'hui. Il exprime aussi, selon Soret, l'inquiétude des ethnies mbochi du Nord qui risquent de se voir éliminer par le projet de création du parti unique. Enfin, l'armée y voit un avantage, celui d'occuper les places laissées libres par le départ de l'armée française. La plupart des leaders syndicalistes ou politiques de cette période sont aujourd'hui morts, en exil ou sur la touche. Ainsi, quinze ans plus tard, la plupart des leaders ont disparu de la scène politique.

cerbac.Info/cerbac.com

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

CERBAC

de l'Auteur : Etoumbou Lokia Analyste politique - Philosophe - Écrivain Ce blog est un média du BASSIN DU CONGO qui se donne pour objet : L'Analyse de l’Actualité : POLITIQUE - ÉCONOMIE - SANTÉ - ENVIRONNEMENT - INTERNATIONAL Enjeux Stratégiques et Prospectives. du BASSIN DU CONGO, l'Afrique et du Monde avec un regard Africain.
Voir le profil de CERBAC sur le portail Overblog

Commenter cet article